
Le silence qui coûte cher
Pendant des générations, on nous a fait croire que parler d'argent était mal élevé.
Qu'il valait mieux rester discrète.
Ne pas se vanter.
Et surtout, ne jamais aborder ce sujet à table.
Ce silence, imposé par des siècles de conditionnement patriarcal, a transformé l'argent en terrain miné. Un espace rempli de jugements, de culpabilité et de peurs.
Résultat ?
61% des femmes préfèrent parler de leur propre mort plutôt que d'argent, selon une étude menée par Age Wave et Merrill Lynch en 2018.
Lisez cette phrase à nouveau.
Nous préférons parler de notre mort plutôt que de nos finances.
Et si, justement, il était temps d'en finir avec ce tabou ?
Les chiffres qui parlent : l'argent, le dernier tabou
Les données sont sans appel.
Une recherche menée en 2024 par Wells Fargo et The Female Quotient révèle que les femmes sont conditionnées à croire que parler d'argent est impoli, ce qui restreint leur croissance financière, leurs opportunités d'investissement et leur potentiel de revenus.
Pire encore :
L'étude britannique de Hearst UK (2023) montre que pour les femmes de 18 à 34 ans, l'argent est désormais un sujet plus tabou que la santé mentale : 68% sont à l'aise pour parler de santé mentale, mais seulement 48% le sont pour discuter de finances.
Oui, vous avez bien lu.
Nous parlons plus facilement de dépression que de notre salaire.
Et ce silence n'est pas sans conséquence.
Selon Fidelity Investments (2024), plus de 9 femmes sur 10 ressentent du stress financier, quel que soit leur niveau de revenu.
Le problème n'est pas le montant sur le compte en banque.
C'est l'impossibilité d'en parler.
Une construction patriarcale, pas une fatalité
Pourquoi ce tabou existe-t-il ?
Parce que pendant des siècles, les femmes ont été systématiquement écartées de la sphère financière.
En France, en Belgique, au Québec : même histoire, mêmes chaînes.
En France : de Napoléon à 1965
Depuis le Code napoléonien de 1804, la femme mariée était frappée d'une incapacité juridique totale, placée sous la tutelle de son mari et assimilée à un enfant mineur.
Quelques dates qui donnent le vertige :
1881 : Les femmes peuvent enfin ouvrir un livret d'épargne sans autorisation maritale
1907 : Elles obtiennent le droit de disposer de leur salaire comme elles l'entendent
13 juillet 1965 : Les femmes mariées obtiennent le droit d'ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de leur époux (BNP Paribas)
1965.
Il y a 60 ans.
Vos mères, vos grand-mères ont vécu dans un monde où elles ne pouvaient pas gérer leur propre argent sans la signature d'un homme.
En Belgique : 1976, enfin l'égalité
Le parcours belge est similaire, avec un décalage dans le temps.
Le Code civil belge de 1804 stipulait qu'une femme mariée ne disposait d'aucune capacité juridique. Elle était ainsi réduite au même statut qu'un enfant mineur.
Les étapes clés :
1958 : Suppression du principe de "puissance maritale" et d'obéissance de l'épouse
1972 : La femme ne perd plus sa capacité juridique lors du mariage
1976 : Égalité totale des époux. La femme a enfin le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de son époux.
Comme le souligne l'historienne Catherine Jacques dans une interview à la RTBF, "il faut attendre 1976 et la réforme des régimes matrimoniaux pour que la suppression de la puissance maritale soit effective" pour l'ensemble des femmes (RTBF).
Au Québec : 1964, une longueur d'avance... relative
Le Québec a devancé la France et la Belgique d'un an, mais le chemin a été tout aussi long.
En 1866, le Code civil du Bas-Canada stipulait que les femmes mariées ne pouvaient gérer leurs biens "sans le secours du mari, dans l'acte, ou sans son consentement écrit".
Les jalons de l'émancipation :
1931 : Les femmes mariées obtiennent le droit de toucher leur propre salaire
14 février 1964 : Adoption de la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée. Les épouses peuvent légalement ouvrir un compte bancaire, demander un prêt ou contracter une hypothèque seules
1975 : La Charte québécoise des droits et libertés reconnaît officiellement l'égalité entre l'épouse et l'époux
Attention : comme le précise la Gazette des femmes, dans la pratique, certains établissements de crédit ont continué d'exiger la signature du mari lors de plusieurs procédures, ce qui ne deviendra illégal qu'en 1974 (Gazette des femmes).
Un héritage encore bien vivant
France, Belgique, Québec : trois territoires, un même constat.
Nos mères, nos grand-mères ont grandi dans un système qui leur refusait l'autonomie financière.
Et aujourd'hui ?
La loi a changé.
Mais le conditionnement, lui, persiste.
Nous avons hérité de ce silence.
De cette idée que l'argent, ce n'est pas vraiment pour nous.
Que c'est un domaine masculin.
Que parler d'argent, c'est vulgaire.
Cette construction patriarcale a des racines profondes.
Mais ce n'est pas une fatalité.
Ce que ce silence nous coûte vraiment
Le tabou de l'argent n'est pas qu'une question de confort conversationnel.
Il a des conséquences financières mesurables.
1. Nous n'investissons pas
Selon Age Wave, les femmes sont aussi confiantes que les hommes dans la plupart des tâches financières, sauf une : investir.
Résultat ? 40% des hommes ont investi en bourse, contre seulement 22% des femmes.
Et ce gap d'investissement nous coûte cher.
Pour les femmes qui gagnent 100 000$ par an, cet écart pourrait leur coûter jusqu'à 1 million de dollars sur une période de 30 ans.
2. Nous ne négocions pas nos salaires
Le tabou de l'argent rend la négociation salariale encore plus inconfortable.
Pourquoi ? Parce qu'on nous a appris que parler d'argent était impoli.
Que demander plus, c'était être égoïste.
Que nos compétences devaient "parler d'elles-mêmes".
Sauf que non.
Si vous ne parlez pas de votre valeur, personne ne le fera pour vous.
3. Nous restons isolées dans nos difficultés
L'étude Fidelity (2024) révèle un chiffre édifiant : 83% des femmes aimeraient s'engager davantage dans leurs finances au cours de l'année à venir.
Mais lorsqu'on leur demande avec qui elles parlent d'argent, le résultat est surprenant.
Les femmes sont moins susceptibles de discuter de leurs finances avec leurs amis et leur famille que d'autres sujets traditionnellement "tabous".
Nous parlons de problèmes de santé, de difficultés au travail, de garde d'enfants…
Mais pas d'argent.
Ce silence nous isole.
Il nous empêche d'apprendre les unes des autres.
Il nous prive de modèles.
Il nous maintient dans l'ignorance et l'insécurité.
Quand le tabou se brise : ce qui devient possible
Imaginez un monde différent.
Un monde où nous ne sommes plus emprisonnées par la peur de manquer.
Où l'ambition financière n'est plus synonyme d'avidité.
Où chaque femme se donne le droit de gagner, de dépenser et d'investir sans honte ni culpabilité.
Ce monde est en train de naître.
Fidelity note un changement générationnel encourageant : 44% des femmes de la génération Z déclarent avoir "désappris" le stéréotype selon lequel les hommes sont meilleurs pour gérer les finances, contre 32% des femmes Millennials.
Les jeunes femmes commencent à briser le silence.
Et quand le silence se brise, quelque chose de puissant se met en place.
L'argent redevient ce qu'il est : un outil
Pas un symbole de pouvoir pour d'autres.
Pas une source de honte.
Pas un terrain de jugement.
Un outil d'émancipation.
Un levier pour nos rêves et nos projets.
Nous reprenons le contrôle
Lorsqu'on commence à guérir nos saboteurs financiers, nous comprenons que notre relation avec l'argent ne doit plus être gouvernée par des croyances qui nous ont été imposées.
Nous ne parlons plus de manque, mais de choix.
Nous ne laissons plus nos mécanismes de protection dicter notre parcours.
Nous décidons, librement, de ce que nous voulons créer dans ce monde.
Nous cessons de nous limiter
Parce que, soyons claires : il n'y a rien de mal à vouloir prospérer.
Vouloir de l'abondance n'est pas une trahison envers soi-même ou envers d'autres femmes.
C'est, au contraire, une façon de montrer que nous refusons de nous limiter à ces carcans ancestraux.
C'est refuser de rester petite pour que d'autres se sentent à l'aise.
C'est se libérer de la peur du jugement et oser prendre toute la place que l'on mérite.
Par où commencer
Le changement commence par la parole.
Pas une révolution brutale.
Juste des conversations honnêtes.
1. Commencez à parler d'argent
Avec vos amies. Vos collègues. Votre famille.
Pas forcément de vos revenus exacts (si ce n'est pas confortable).
Mais de vos questions. Vos doutes. Vos objectifs.
L'étude Wells Fargo le confirme : les femmes ne parlent pas assez d'argent, et cette mentalité finit par restreindre leur croissance financière.
Briser le silence, c'est briser l'isolement.
2. Éduquez-vous financièrement
Selon Age Wave, 87% des femmes estiment que l'éducation financière de base devrait faire partie du programme scolair.
En attendant que les systèmes changent, prenez les choses en main.
Lisez. Formez-vous. Posez des questions.
Vous n'avez pas besoin d'un MBA en finance.
Vous avez besoin de comprendre comment fonctionne VOTRE argent.
3. Identifiez vos saboteurs
Votre relation à l'argent n'est pas qu'une question de chiffres.
C'est aussi une question de mécanismes inconscients qui prennent le volant.
Ces mécanismes ne sont pas des défauts.
Ce sont des stratégies de protection intelligentes, devenues obsolètes.
Reconnaître quel saboteur opère chez vous, c'est la première étape pour reprendre la main.
Quand l'argent ne sera plus tabou, ce sera le début d'une nouvelle ère
Une ère où nous, femmes, serons en paix avec nos finances.
Où nous ne parlerons plus de manque, mais de choix.
Où nous ne laisserons plus nos saboteurs dicter notre parcours, mais où nous déciderons, librement, de ce que nous voulons créer dans ce monde.
Cette ère commence maintenant.
Avec vous.
Avec nous.
Avec chaque conversation honnête sur l'argent.
Alors, prête à briser le silence ?
Faites le test gratuit (10 minutes) :
👉 Vous voulez aller plus loin ?
Découvrez l'Audit Saboteurs Financiers : 90 minutes pour décrypter votre mécanisme, identifier vos zones de friction, et repartir avec un plan d'action clair.
Sources
Age Wave & Merrill Lynch (2018). Women & Financial Wellness: Beyond the Bottom Line
Fidelity Investments (2024). Women's History Month Study
Wells Fargo & The Female Quotient (2024). Our Secret Numbers: Women, Men, and the Taboo Nature of Financial Health
Hearst UK (2023). Finance Research: Money Is Now A More Taboo Conversation Than Mental Health
Top Dollar (2023). A Timeline of Women's Fight for Financial Rights in The U.S.
Clever Girl Finance (2024). Financial Statistics About Women